Le Label
Les 10 sélections 4AD de Lenoir:

This Mortal Coil
Song to the siren
Modern English
After the snow
This Mortal Coil
Kangaroo
Dead Can Dance
Serpent's Egg
Pixies
Monkey gone to heaven
Lush
Mad Love
Pixies
Velouria
Cocteau twins
Iceblink Luck
Pale Saints
Half life
Belly
Feed the tree


Sources datant de 1993.
"the basic aim was to release what we considered to be the most exciting and original music of that time. Something I always try to hang onto is the feeling that I used to get when I was younger, the feeling of the importance of records, of music. The excitement I used to feel when I would buy a record, and you know, getting home, the anticipation of listening to it. Ultimately, that is still all I remain, a fan of the things that we do."
"Le but originel était de sotir la plus excitante et originale musique du moment. Je me suis toujours attach´ à cette impression que j'avais adolescent, l'importance de la musique, d'un disque. L'excitation que je ressentais quand j'achetais un disque et en rentrant à la maison, l'écoute par anticipation que je me faisais. Finalement, c'est tout ce que je suis resté, un fan de ce qu'on fait."
IVO WATTS-RUSSEL The Offense Newsletter

Ivo Watts-Russel naît le 8 septembre 1954 à Northampton. Peu attiré par les études, il quitte cette ville du nord de l'angleterre à 18 ans pour Londres. A cette époque, déjà, seule la musique intéresse l'adolescent. C'est donc tout naturellement qu'il devient vendeur chez différents disquaires, "le seul vrai métier dont j'étais capable" confesse-t-il. En 1975, Beggars Banquet, un distributeur, recherche un employé pour son magasin d'Ealing. Ivo est engagé et y restera jusqu'en 78. "C'était un endroit merveilleux. Beaucoup de groupes fréquentaient ce lieu. Pour quelqu'un comme moi, c'était parfait." A cette époque, il écoute principalement des groupes américains qu'il juge "beacoup plus intéressants que les anglais."
1977 les Buzzcocks sortent le Spiral Scratch Ep. Pour la première fois, un groupe et quelques amis réussissent à sortir, seuls, un disque et à le vendre. Cet événement n'échappe pas à Ivo dont la position entre le public et le milieu indépendant le place dans une position d'observateur privilégié. Wire retient alors toute son attention."C'est le premier groupe dont j'ai senti l'importance". Conscient des opportunités mais ne sachant pas encore comment elles se traduiront, Ivo quitte Beggars Banquet et part pour les USA. Il a besoin de recul pour creuser les idées qui commencent à germer dans son esprit. De retour à Londres début 79, son ancien employeur lui propose un poste de responsable de district. Sa tâche consiste à chapeauter cinq ou six boutiques à partir d'un des bureaux de Beggars Banquet, situé sur Hogarth road. Il y rencontre Peter Kent qui dirige l'office et le magasin dont dépend Ivo. L'idé de créer un label prend alors forme. Il se met aussitôt à apprendre toutes les notions nécessaires pour sortir un disque. Comment expliquer cette lubie? Simplement en voyant arriver de plus en plus de démos, grâce à Peter, au bureau. "Rapidement, les groupes ne souhaitaient les donner qu'à Peter ou à moi. Nous étions donc les premiers à écouter ces cassettes." Devant la qualité de certaines, ils tentent, en vain, de convaincre Martyn Mills et Andy Costin, les deux responsables de Beggars, de s'impliquer. Ces derniers finissent par leur proposer de monter leur propre label. Un projet simple : signer des groupes qui, en cas de succés seront transférés vers la maison-mère. Pour ce faire, Beggars avance 2000 livres. Axis est né.
Martyn et Andy en sont les responsables financiers, Peter et Ivo, les directeurs artistiques. Le 3 janvier 1980, la jeune compagnie sort ses quatres premiers disques. "Je pensais que c'était beacoup mieux que un, tout seul" déclare Ivo, fier de son coup. Qui sont les heureux élus? The Fast Set (un copain de Peter, David Knight), Bearz (pour un single qui amuse toujours Ivo), Bauhaus (qui venait de sortir un single, Bela Lugosi's dead sur Small Wonder) et Shox (une horreur selon les propres termes d'Ivo). Ces groupes ont été choisis sur démo dans l'euphorie de la création. Euphorie de courte durée puisque le jour même, un concurrent, alerté par un entrefilet dans la presse, téléphone pour se plaindre de l'utilisation de son nom. "Nous n'avions pas fait preuve de beaucoup d'imagination pour le trouver et surtout, nous n'avions pas vérifié si c'était possible!" se défend Ivo. Qu'à cela ne tienne, Axis devient, sans autre forme de procès, 4AD. "Treize ans après;s, je n'ai toujours pas trouvé d'explication suffisamment originale ou amusante pour ce nom" hasarde-t-il. Pourtant, il pourrait y avoir une explication. La légende veut qu'au moment du coup de fil, un ordinateur capricieux imprime sur le haut d'une page : 1984WARD. Un premier raccourci de ce signe des Dieux donne 4WARD. Ivo recule-t-il devant la prétention du jeu de mots forward? Toujours est-il que l'appelation est amputée - par hasard?- du W et du R. Mais peut-on raisonnablement parler de hasard quand il s'agit d'Ivo et des initiales de son nom de famille? Le mystère reste entier...
Ce problème réglé, 4AD entame alors sa marche vers la notoriété. Les quatres premiers disques n'ont pratiquement rien coûté. Seul, l'enregistrement du Fast Set a été financé par le jeune label, les trois autres n'étant que le transfert sur vynil des démos. Avec ce qui reste de l'argent de d´part, Ivo et Peter achètent à Charisma les bandes du cinquième groupe, Rema-Rema. "Ce qu'ils faisaient était incroyable" se souvient Ivo. "C'est en sortant leur disque que j'ai soudain compris que notre label était une affaire sérieuse". Wheel in the roses devient le premier maxis de 4AD. Peu avant cette sortie, le groupe se sépare. Ivo comprend qu'il ne sert à rien de signer des contrats longue durée avec un même groupe. Le système du one/off avec option devient sa base de travail. Le succès du maxi permet de récupérer le capital initial. Ivo et Peter se décident alors à sortir un disque du groupe à l'origine du label. "Modern English avait déposé une démo au magasin mi-79. Leur cassette était vraiment très, très bonne. C'est le premier groupe dont nous avons parlé à Martyn et Andy. Il fallait absolument en faire quelque chose". 4AD envoie donc Robbie Grey et sa troupe enregistrer Swans On Glass et Incident , leur premier single pour le label, aprés avoir déjà sorti un auto-produit (The Drowning Man, en 1979). Les sorties se succèdent à un rythme élevé : Bauhaus, tout d'abord et son Terror Couple Kill Colonel. In Camera, ensuite, dont les concerts et l'attitude impressionnent Ivo. Puis Cupol, derrière lequel se cache B.C.Gilbert et R.Lewis, deux membres de Wire. Un peu plus tard, vient le 45 tours d'un gamin de dix-sept ans, Matt Johnson, associé à un journaliste et un caricaturiste, sous le nom de The The... Pourtant, Ivo considère que son plus beau coup reste The Birthday Party. "Je les ai découverts alors qu'ils jouaient avec D.A.F. Ils m'ont fasciné. Je suis retourné è un de leur concert deux jours plus tard. Ils étaient encore meilleurs. Je suis allé les voir après en leur disant que Friend Catcher était ma chanson préférée. Ils venaient de l'enregistrer et m'ont proposés de la sortir..." Ses deux premiers singles ayant été bien accueillis, Bauhaus se voit, tout naturellement, offrir l'opportunité de sortir un album. Le premier du label. Tendu, électrique, In The Flat Field, à mi chemin entre un glam-rock lugubre et un punk en perte de vitesse, est un coup de maître. Le disque se vend à plus de 20000 copies en quelques mois. Bauhaus lance véritablement 4AD. Presque simultanément, un second fait, insignifiant en apparence, intervient. Modern English s'apprête à sortir son second 45 tours. Le groupe est particulièrement sensible au design des pochettes. Robbie Grey a d'ailleurs d'ores et déjà choisi son visuel : une photo de Diane Arbus que le groupe a déjà utilisé pour son premier T.shirt. Malencontreusement, le type qui a réalisé Swans on Glass, un certain Mark, est malade et ne peut que mettre Ivo en rapport avec un de ses copains qui travaille chez Michael Peters, un important studio londonien. Comble de malchance, ce nouveau contact est aux Etats-Unis. Heureusement, un dénommé Vaughan Oliver, lointaine connaissance du Mark, travaille lui aussi chez Peters et est prêt à remplacer au pied levé les deux défections. Ivo le rencontre. Par le plus incroyable des hasards, le book d'Oliver contient un travail sur la photo de Diane Arbus et Gathering Dust devient sa première réalisation pour 4AD.
En octobre, le label vit sa première crise de croissance avec les départs de Peter et Andy. "Je n'avais plus de bonnes relations professionnelles avec Peter. Je réalisais jour après jour que je ne voulais pas que 4AD soit un terrain d'essai pour Beggars Banquet ou une major. J'envisageais une identité que seule une certaine continuité pouvait créer. Je voulais être indépendant." Le succès financier de In The Flat Field permet de s'affranchir de cette tutelle mais donne aussi à Peter Murphy des idées de grandeur auxquelles le jeune label ne peut répondre. Ivo l'explique : "Bauhaus, Peter Kent et moi n'étions plus sur la même longueur d'onde. Il voulait s'impliquer avec le groupe, dont il était devenu le manager sur une plus grande échelle. Il s'occupait également de The Associates dont il souhaitait sortir un disque. C'est dans cette optique qu'il créa situation 2", Situation 1 étant le fanclub de Bauhaus.
La dernière contribution artistique de Peter pour 4AD est Dance Chapter, signature liée à la mort de Ian Curtis comme l'explique Ivo : "J'allais au bureau quand j'appris à la radio que Ian Curtis s'était pendu. J'en parle aussitôt à Peter tout en me demandant quel groupe pourra bien prendre la place de Joy Division. Quelques semaines plus tard, il m'annonce qu'il a trouvé leur remplaçant : Dance Chapter". Anomity/New dance sort fin 80 et le groupe sera à l'origine d'un moment important de l'histoire du label. La première année d'exercice est donc décisive. Bauhaus, Modern English, The Birthday Party ont assuré une renommée rapide. Ivo est en contact avec Oliver et commence à entrevoir la possibilité d'une collaboration exemplaire. 4AD s'est libéré du joug Beggars Banquet en devenant financièrement autonome mais surtout en assurant son succès sans passer par son réseau de distribution (excepté pour Dark Entries et Telegram Sam de Bauhaus). Un comble quand on sait que Beggars est sous licence avec WEA à cette époque! "J'étais persuadé que nous n'avions pas besoin de leur distribution. Les gros distributeurs avaient une longue liste de sorties dont ils se foutaient éperdument. Je préférais téléphoner à quelques labels indépendants (Red Rhino, Rough Trade, Inferno, Bullet et Bonaparte en 1980) et leur envoyer quelques copies de nos sorties. Tous étaient capables de dire quelquechose sur les disques car ils les avaient écoutés." Malgré ce système très artisanal, 4AD écoule une moyenne de 4000 disques par réalisation.

Prodigieusement désinvoltes
Alors que Ivo est désormais seul aux commandes, l'anné 1981 commence par 3 one/off : Sort Sol (dont la pochette est le première désignée par le duo Oliver/Grierson), The past 7 days et My Captains. Elle se poursuit par la sortie des premiers albums de The Birthday Party et de Modern English. Si la pochette de Prayers on Fire s'orne au verso d'un magnifique dessin de Nicholas Cave, celle de Mesh and Lace est la première réalisation de Vaughan et de Nigel signée 23 Enveloppe. "Nous voulions faire croire que ce travail était l'oeuvre d'une équipe importante!" rappelle Oliver pour expliquer l'énigmatique appellation. Ce travail marque les vrais débuts de la collaboration 4AD/23 Enveloppe. Il est très difficile de distinguer la part de chacun dans les premiers travaux. Nigel, vieil ami d'Oliver a d'abord étudié le graphisme à l'école de Newcastle Upon Tyne avant de s'orienter vers la photographie, puis le cinéma en suivant les cours du Royal College of Art. Vaughan a suivi le même cursus mais s'est rapidement spécialisé dans l'illustration. Le strict partage des tâches, photo d'un côté, design et typographie de l'autre, n'interviendra que plus tard.
Pour l'heure 4AD commence à appliquer le principe de continuité souhaité par Ivo. The Birthday Party, Modern English et les ex-membres de Wire - puisque Colin Newmann a rejoint Lewis et Gilbert - assurent l'essentiel des sorties. Mass (formé de Mick Allen et Mark Cox, membres fondateurs de Rema-Rema) publie son unique album (après un 45 en 80.) et Matt Johnson, seul cette fois, sort un premier LP fabuleux, Burning Blue Soul. Dif Juz, si l'on passe les trois premières sorties de l'année, est le seul nouvel arrivant. "Ils m'avaient envoyé plus d'une heure et demie d'enregistrement" se souvient Ivo."Je les ai envoyé en studio. Ils étaient brillants mais prodigieusement désinvoltes". Huremics et Vibrating Air, deux maxis parviennent cependant à sortir.
L'année se termine par une seconde compilation (la première Presage(s), sortie mi-80, regroupait 6 groupes - C.V.O., Psychotik Tanks, The Last Dance, Spasmotic Caress, Red Atkins et Modern English). "Des gens de Warner m'avaient contacté pour sortir quelques uns de nos titres sur une compilation pour le Japon. L'idée me semblait intéressante et j'y ai répondu positivement. Ce fut un partenariat réellement bref" explique Ivo. Natures Mortes - Still Lives présente douze classiques des deux premières années :

Seuls cinq cents exemplaires sont diffusés en Angleterre. Sa pochette est caractéristique des centres d'intérêt qu'Oliver développera par la suite, en particulier son approche de la typographie.

Les premiers mois de l'année 82 s'inscrivent dans le prolongement des deux années précédentes. 4AD poursuit sa route tranquille grâce à Not to de Colin Newmann, After the snow de Modern English (un carton aux USA) et Junkyard de Birthday Party. Lydia Lunch profite d'ailleurs du parrainage de ces derniers pour sortir quelques morceaux : The Agony Is The Ecstasy en face B d'un concert hallucinant de ses amis australiens, Some Velvet Morning (une reprise de Lee Hazelwood) et I Fell In Love With A Ghost, un slow vénéneux en compagnie de Rowland S. Howard. Toutefois, l'attention d'Ivo est attirée par une formation résolument pop, The Happy Family, emmenée par un certain Nick Currie et des anciens Joseph K, passablement intello. Ivo concède d'ailleurs qu'"il était assez difficile pour n'importe qui d'être intéressé par ce groupe". Bien vu, car malgré Puritans, le single, et The Man On Your Street, l'album, rien ne se produit et ce malgré des chroniques plutôt positives. Le groupe se sépare peu après et Nick Currie, qui devient Momus, explique cet échec aisément : "Nous avions trop d'humour. Ce qui n'était pas facile entre Modern English et Modern Party." Evidemment.

Des gens contre la musique
Le malheur des uns faisait le bonheur des autres, c'est justement grâce aux australiens qu'un trio écossais, en fan, envoie une démo. "Je me souviens d'une manière frappante de la première écoute. Je roulais vers Cambridge où Dance Chapter enregistrait leur maxi. Les choses allaient très mal. J'étais effondré" raconte Ivo. "J'avais emmené tout un stock de démos dont celle de ce groupe, Cocteau Twins, que j'ai mise par hasard dans mon auto-radio. Instantanément, quelque chose s'est passée. C'était un enregistrement approximatif mais terriblement puissant. Le plus drôle, c'est que l'on entendait à peine la voix d'Elisabeth. La musique suffit à elle seule pour que je les contacte dès mon retour. Ils sont venus d'Ecosse et nous sommes allés immédiatement en studio. J'avais à l'esprit de sortir un single, Speak No Evil/Perhaps Some Other Aeon. Quelle surprise quand Liz s'est mise à chanter!! Une révélation. La puissance du groupe et cette voix... Je n'en revenais pas. Je leur avais demandé de venir sur la foi de leurs possibilités instrumentales et cette voix apportait un incroyable bonus! Du coup j'ai demandé à Robin s'ils avaient assez de chansons pour un album. Il m'a répondu oui, ce qui devait être faux. Mais ils sont revenus quelques semaines plus tard avec Garlands". L'album, enregistré en 14 jours, sort en juin sans déchaîner, sur le coup, l'enthousiasme des médias spécialisés malgré un soutien inconditionnel de John Peel. Le public suit pourtant, en particulier grâce à une tournée avec Birthday Party et Modern English.
Quelques mois après Garlands, le premier disque de Colourbox parait, il se nomme Brekdown - c'est un de leurs amis qui a envoyé une cassette à 4AD, que Martyn et Steven Young trouvaient trop sombre -. Pour une obscure raison, single et maxis sont retirés de la vente. Mais comme l'explique Ivo, le groupe est assez spécial :"J'aime la perversité de Colourbox. Son potentiel commercial est énorme mais curieusement, ce groupe est probablement le plus subversif que je connaisse. Il faut voir quelle sorte de gens sont Martyn et Steven, ce qu'ils cachent derrière chacun de leurs morceaux, cette espèce de contradiction fascinante... Des gens contre la musique..."
Si ces trois premi&eagrave;res années de 4AD sont celle de l'apprentissage, elles sont marquées par une grande diversité, tant musicale qu'esthétique. Pourtant en 1981, The Face parle déjà de "son 4AD"! Tony Fletcher, dans un de ses premiers articles sur le label, le définit ainsi : "Sombre, sans être déprimant, et informe(!), avec des chansons sans choeur, ni refrain, qui montent, montent pour retomber progressivement, instrument par instrument".
En 83, 4AD entame une nouvelle période, matérialisée par un déménagement de Hogart Road sur Alma Road et la création du logo, utilisé encore aujourd'hui, par Oliver. Ivo décide de concentrer son attention sur un petit nombre de groupes pour deux raisons. D'un côté, il veut renforcer cette idée de continuité, d'identité qui lui tient à coeur. C'est dans cette optique qu'il engage Vaughan à plein temps. "Notre amitié était suffisament établie et nous avions les même goûts musicaux depuis longtemps. Et puis surtout, je pouvais financièrement engager une autre personne". Il devient donc le second employé du label. "Au départ, je l'ai pris non seulement pour qu'il fasse des pochettes mais aussi pour s'occuper de la promotion, de la distribution. Très vite, il ne s'est plus consacré qu'au design". Ce à quoi Vaughan répond : "Il ne se rend pas bien compte du temps qu'il faut pour créer une pochette! de quatre jours à quatre mois!" Ivo n'est donc plus seul maître à bord. Désormais, les choix se feront à deux même si le dernier mot lui revient.
De l'autre, Ivo prend conscience de l'importance de 4AD. " Début 83, j'ai réalisé que le label était établi. J'avais donc des responsabilités vis à vis de moi-même mais aussi et surtout vis à vis des groupes qui, de plus en plus, demandaient que l'on s'occupe d'eux, au niveau du suivi de leur carrière. Je ne pouvais plus me permettre d'éparpiller mon attention avec cinq ou six one/off par an. Je voulais aussi prouver qu'un label indépendant pouvait combiner liberté et professionnalisme".
Pour 83, ces groupes sont au nombre de cinq :
i
Birthday Party a quitté le label pour aller chez Mute en début d'année peu après la sortie d'un maxi, The Bad Seeds. Ce départ déçoit toujours Ivo : "Je regrette encore de ne pas avoir sorti Mutiny. J'avais toujours envisagé de travailler avec Birthday Party j'usqu'au bout. Ceci dit, c'est mieux pour Nick Cave de travailler avec Mute. 4AD n'aurait pas été adapté pour lui. Sa progression musicale est bonne et tout à fait logique. Ce type est un poète! Il est si talentueux!".
Cette même année, Ivo réalise un projet qui lui tient à coeur depuis trè longtemps, This Mortal Coil. "Cette idée m'est venue dans les tout premiers jours de l'existence du label. J'allais toujours en studio voir mes groupes enregistrer. Cette expérience me démangeait. J'ai deux oreilles, un cerveau, une opinion et il m'amusait de jouer avec les sons. J'envisageais This Mortal Coil comme étant mon seul vrai rôle de production". Le déclic se produit aux Etats-Unis, pendant un concert de Modern English. "Un soir, pendant un rappel, le groupe enchaîne Sixteen Days et Gathering Dust. Je leur propose peu après de réenregistrer ces deux chansons en les combinant. L'idée ne les emballe pas. Je leur ai donc demandé si cela ne les dérangeait pas que je le fasse avec d'autres. L'idée est partie de là."

La plus belle chanson jamais composé
Ivo rentre en studio et réalise son voeu. Le résultat lui plait assez pour qu'il envisage de le sortir. Il lui faut donc une autre chanson et explique son choix : "Starsailor de Tim Buckley est le disque qui met le plus mal à l'aise que je connaisse. J'ai toujours eu beaucoup de mal à l'écouter. Mais à la fin de la première face il y a cette magnifique chanson, Song To The Siren. Il n'y a probablement pas un seul autre morceau qui m'émeut autant à chaque écoute. C'est la plus belle chanson jamais composée". Cette nouvelle expérience, de l'enregistrement au résultat final, l'enthousiasme littéralement. Du coup, la reprise est publiée en face A du 45 tours, qui rentre dans les charts nationaux, en face B pour le maxi et Ivo décide de faire un album. Les sorties de Song To The Siren, puis de Head Over Heels et Sunburst and Snowblind propulsent Cocteau Twins sur le devant de la scène. Médias et public s'enflamment définitivement pour la voix de Liz et les guitares de Robin. Grâce à leur reprise, Modern English profite également de This Mortal Coil et le maxi Someone's Calling est épuisé en un clin d'oeil.
L'année 84 débute par deux nouveaux Modern English, Chapter 12, le maxi et Ricochet Days, un album. Ce seront les derniers enregistrements du groupe pour 4AD. "Nos objectifs étaient devenus incompatibles" regrette Ivo. "Après le succés de After The Snow et un accord avec Sire, le management du groupe était basé aux Etats-Unis. Nous ne contrôlions plus rien. Hugh Jones, leur producteur, que j'estime beaucoup, avait une influence incroyable sur eux et les avait rendus, à mes yeux, trop complaisants. J'ai mis fin à notre collaboration en leur souhaitant de tout coeur bonne chance car c'était vraiment des types bien". Leur carrière américaine fut un désastre. Le départ d'X Mal Deutschland est plus mouvementé. Après Tocsin, leur second album, Ivo leur conseille de trouver un label plus important et "ils ont cru que je les laissais tomber!"

Ces deux défections sont compensées par l'arrivée d'un groupe en contact avec Ivo depuis 82, Dead Can Dance. "Il s'écoule toujours une longue période entre le moment où j'écoute une démo et ma décision de faire un disque. Principalement parce que 4AD travaille avec plusieurs artistes et que je ne suis pas constamment à la recherche de nouvelles signatures."
Le staff du Label d'étoffe également de deux nouvelles personnes : Deborah, la compagne d'Ivo et dont on ne doit pas sous-estimer l'influence, et Rob Deacon qui s'occupe principalement des ventes tout en dirigeant Sweatbox, un label, et l'Abstract Magazine, un livre-disque.
La politique en matière de contrat évolue également. Ivo décide pour la première fois de s'impliquer à long terme. Il déclare à, l'époque : "Il devenait essentiel de le faire. J'ai trop peur de perdre Cocteau Twins. Je veux travailler avec eux pour toujours. Ou du moins, aussi longtemps qu'il sera possible... En ce qui concerne Colourbox, toutes les maisons de disques anglaises les veulent. Il serait donc absurde pour eux de rester ici sans accord financier. En plus, ces groupes sont les deux seuls sous licence à l'étranger. Un contrat s'imposait."
En septembre, l'album de This Mortal Coil est disponible. Son Titre, It'll End In Tears, provient de la face B du single Kangaroo qui précède sa sortie. Ivo explique que ce projet est aussi celui de John Fryer : "J'aime l'approche de John. Il n'est pas borné. Il comprend parfaitement, malgré mon pauvre langage, ce que je désire. Il apporte beaucoup d'idées également. Nous progressons ensemble. C'est une relation de travail très ouverte".
Treasure de Cocteau Twins qui suit peu après, rencontre un succès encore supérieur. Steve Sutherland écrit dans le Melody Maker : "Ce groupe est la voix de Dieu"! Treasure est proclamé, par la grande majorité des journaux musicaux, album de l'année, atteint la 28ième place dans les charts nationaux et restera longtemps la plus grosse vente du label.
Au début de l'année 85, 4AD ne compte plus que quatre groupes :

Cependant, l'écurie se voit renforcée par l'arrivée de Xymox et le retour après quatre ans d'absence de Dif Juz. "Je me promenais un samedi après;-midi avec Liz et Robin. Soudain, au détour d'une rue, nous tombons sur eux, avalant un hamburger, au milieu de leurs instruments, devant un fast-food" se rappelle Ivo. "Ils étaient en train de donner un concert mais comme d'habitude, il fallait attendre dix minutes entre chaque chanson! Robin et Liz, qui étaient de grands fans depuis les maxis, restèrent en contact avec eux. Ils firent des concerts ensemble et Robin produisitExtractions". Du coup, Dif Juz devient le seul et unique groupe qui, après avoir quitté 4AD pour enregistrer un disque ailleurs (Who Says So? sur Red Flame en 83), soit réintégré.
1986 débute par un one/off, L'Esclave Endormi de Richenel, un hollandais qui reprend un classique d'Armande Altai. C'est le seul titre en français de toute la discogrphie jusqu'en 93. (Sylvain Vanot a écrit par la suite une adaptation d'un des titres de l'album de Belly King intitulé Jesus My Heart qui est parue en bonus track sur le pressage français de l'album.) Ivo craque également pour le travail de Marcel Cellier, un français qui s'intéresse au folklore bulgare. Bien avant le succès de la world music, 4AD publie Le Mystère Des Voix Bulgares, après neuf mois de tractations pour obtenir la licence de ces enregistrements.
Cocteau Twins, qui n'a pas sorti d'album depuis Treasure, publie coup sur coup Victorialand et The Moon And The Melodies en compagnie d'Harold Budd. Victorialand entre dès sa première semaine à la 10ième place des charts nationaux, au grand contentement d'Ivo : "C'est la preuve qu'un label indie peut avoir de bonnes ventes sans faire de tapage. Victorialand a montré à l'industrie musicale que la façon de travailler des majors n'était pas la seule." Ivo publie également le second album de This Mortal Coil Filigree And Shadows. 4AD signe également son premier groupe américain, Throwing Muses. Kristin Hersh (la chanteuse) se souvient de leur première rencontre. "J'étais terrifiée. Je pensais que c'était un vieux fou qui aimait la musique progressive... En plus, je ne lui avais pas dit que j'étais enceinte de huit mois et demi... Je n'avais pas le droit de prendre l'avion... Mais 4AD est la seule maison de disque qui ait commencé par me parler de notre musique."

Un projet mal défini
1986 est une année chargée pour 23 Enveloppe. Tout d'abord, Oliver engage un assistant, Chris Bigg. Ce dernier démontre son talent de calligraphe avec Standing Up Straight des Wolfgang Press qui, par la suite, préfèreront travailler avec lui. 4AD salarie également Nigel Grierson, jusque-là free lance, dans l'optique de réaliser une compilation vidéo. 23 Enveloppe en profite pour regrouper quinze posters promotionnels et 12 cartes postales dans deux packs magnifiques. Ces deux éditions sont épuisées en un rien de temps.
L'année 87 ne commence véritablement qu'au mois de juillet avec la sortie de Lonely Is An Eyesore, un projet qui englobe une compilation, une vidéo et un artwork original : un coffret bois tiré à cent exemplaires. Cette sortie provoque au sein du label des remous très importants. Cocteau Twins ne comprend pas qu'ils aient été réduits au même niveau que les autres groupes et estimes que 4AD s'est servi d'eux pour promouvoir ces derniers. Grierson n'est pas content du résultat final de son travail. "On m'avait donné carte blanche pour réaliser les vidéos, ce que n'ont pas apprécié les groupes. Ils voulaient tous une approche spécifique. Mais je ne suis pas un artiste commercial! Le projet a été mal défini au départ." Ivo s'en défend : "Ma principale intention était de casser le mythe du son 4AD." Quand à Vaughan, il considère ce projet, en particulier le coffret, comme l'aboutissement de ses idées pour une pochette. Il se fâche avec Nigel, songe à arrêter et quitte le label. C'est dans ce contexte que M.A.R.R.S. - une association, à l'initiative d'Ivo, contre-nature entre Colourbox et A.R.Kane -, explose contre toute attente. 4AD tient son premier numéro un dans les charts anglais et son premier véritable succès dans le monde entier. Plus de deux millions et demi de 45 tours sont vendus. "Ce succès m'a vraiment surpris au début" concède Ivo. "Les chose allaient si mal à ce moment... Ensuite, il m'est apparu que c'est un des disques les plus naturels que nous ayons sorti. En fait, j'étais déjà tellement content que Martyn Young s'intéresse enfin à quelque chose!".
La même année, 4AD sort le premier disque d'un autre groupe américain, Pixies. Toute une histoire du rock sera marquée par ce groupe. En été 86 Charles Michael Kitridge Thompson IV (Frank Black aujourd'hui), et Joey Santiago s'emm... ferme &agreave; Boston. Entre &eacouter; les Ramones ou les Beatles et regarder les films de David Lynch, ils décident de monter un groupe pour passer le temps. Ils passent alors l'annonce suivante dans un journal local : "groupe cherche bassiste. Influences : Husker Du and Peter, Paul and Mary". Kim Deal qui n'a pas changé depuis répond qu'elle ne sait pas jouer de la basse mais aimerait bien apprendre. De plus elle connaît un batteur David Lovering qui était témoin à son mariage. Ils commencent à répéter ensemble dans le garage du père de David en été 86. C'est David Narcizo, le batteur de Throwing Muses, qui a donné une cassette à Ivo : "Je l'ai écoutée pour la première fois dans une rue à New-York. Ca m'a paru pas trop mal quoique trop rock. Plus tard je suis allé les voir jouer aux Etats-Unis. (Ils étaient alors en première partie des Throwing Muses.) Ils n'étaient que 3. Kim avait dû s'absenter. Sa belle-soeur était décédée... Je n'en ai pas cru mes yeux... Même à trois, ils étaient fantastique! Mais C'est Deborah qui m'a définitivement convaincu en me disant que je ne devais pas avoir de préjugés aussi stupides". Cette signature motive Vaughan de nouveau. Il retrouve une créativité dont il ne se sentait plus capable sans Nigel grâce aux photos de Simon Larbalestier. Ayant démissionné, il reprend du service en free-lance. Le terrible cap des dix derniers mois passé, 4AD retrouve sa sérénité sur les deux années suivantes. Steve Albini produit un Surfer Rosa brute qui accouchera de classiques du groupe : Where is my mind? ou encore Gigantic. L'effectif se stabilise une nouvelle fois, après le départ de Xymox, autour de :

Mais la machine est longue à se remettre en place et seuls vingt et un disques sortent entre 88 et 89.
Les Dead Can Dance en profite pour s'essayer au Cinéma avec Agustin Villaronga. Non content d'écrire la B.O. de son nouveau film El Nino De La Luna, on retrouve même Lisa Gerard dans le rôle principal On la voit même nue pendant un quart d'heure! Malheureusement, peu après la sortie du film en Espagne, la maison de production fait faillite. La B.O. et le film ne connaîtront jamais le public.
Les ennuis continuent pour Vaughan qui pourtant décide de rompre avec son passé en transformant 23 Enveloppe en un V23 plus discret. Cocteau Twins et Wolfgang Press lui font part de leurs intentions d'arrêter de travailler avec lui. Heureusement, avec Ultra Vivid Scene, Throwing Muses et Pixies, il crée quelques unes de ses plus belles pochettes. La musique de ces trois groupes, si différente des années précédentes, lui ouvre des horizons nouveaux. Il profite de la sortie de Doolittle des Pixies pour sotir deux nouveaux packs, l'un format poster, l'autre carte postale. Lors de la tournée de promo de Doolittle, les Pixies enchaînent deux dates en Angleterre avec les morceaux joués dans l'ordre alphabétique (rappel compris) et le lendemain l'inverse avec le rappel après le premier morceau!

Nu sur la pochette
La confiance revient à la fin del'année 89. Ivo lors d'un concert à Camdem, découvre deux nouvelles formations, très convoitées en raison d'articles dithyrambiques sur leurs prestations scéniques dans la presse anglaise, Lush et Pale Saints dont il sort rapidement les premiers disques.
L'année 90 commence comme 89 se tremine, par deux réalisations des nouvelles recrues. Peu avant, le label a fêté curieusement ses dix ans d'existence par la sortie d'un calendrier, sans aucun rapport avec la musique. Ultra Vivid Scene et Pixies assurent l'essentiel des sorties de l'année. Pourtant, et malgré l'arrivée d'un petit nouveau, His Name Is Alive, le premier semestre est marqué par une collaboration : The Breeders (en français les éleveuses ou aussi mot utilisé par les homosexuels pour parler de hétérosexuels). Derrière ce nom se cachent Tanya Donelly de Throwing Muses et Kim Deal des Pixies. Kim Deal raconte : "Un soir dans un club de Boston, l'Access, nous avions pris une cuite monumentale Tanya et moi. Là, nous nous sommes juré de former un groupe disco. Nous avons emprunté quelques synthés, des boîtes à rythmes mais nous les avons vite rendus, nous n'allions nulle part. Nous étions vraiment nulles. Mais Tanya s'est accrochée, est venue chez moi. Et puis quelqu'un chez 4AD a eu vent de ces rés;pétitions et a demandé à écouter une cassette. C'est comme ça que nous avons enregistré le premier album, presque par hasard, sans réelle volonté d'écrire." Les journalistes voudront faire croire qu'elles étaient bridées par les leaders de leurs groupes respectifs (Kristin Hersh et Black Francis alias Frank Black alias Charles Francis Thomas qui composent l'essentiel des chansons de leurs groupes), elles décident de s'associer pour publier leurs morceaux mais essentiellement : "Pour le fun!". Elles invitent à Boston pendant 10 jours Josephine Wiggs (de Perfect Disaster), et Britt Walford (ex-Slint) ainsi que Steve Albini à la production de Pod. Il fait l'effet d'une bombe. Et pas seulement parce que Vaughan pose nu sur la pochette...
Mais ce n'est rien à côté de ce que l'avenir réserve. Après la sortie de Heaven Or Las Vegas, un chef d'oeuvre, Cocteau Twins annonce son départ de 4AD pour Fontana. La nouvelle laisse incrédule car si depuis 87 plusieurs signes laissent apparaître des divergences entre le groupe et le label,personne n'envisage une telle éventualité. Les raisons du clash restent à ce jour assez floues. Simon Raymonde précise : "La veille de partir en tournée, Ivo nous annonce que nous sommes libres de quitter le label. Nous tombons des nues puisques nous n'avions jamais exprimer ce désir. De plus, nous étions encore sous contrat pour un disque." Ce à quoi Ivo répond : "Le contrat en stipulait deux en vérité mais l'association ne pouvait plus durer. Je sentais bien que Robin ne s'en satisfaisait plus. Moi non plus d'ailleurs... J'ai été très triste de cette séparation. Mais je crois que c'est mieux ainsi. Je suis plus heureux maintenant et eux aussi, je crois." En fait, Cocteau Twins ne supporte plus l'image du label. Le groupe s'était séparé de Vaughan pour y échapper sans réel succès. Trop souvent, l'identité 4AD planait sur le trio écossais. Le groupe a voulu s'en débarrasser définitivement. (Ils sont même sortis de leur tanière pour paraître plus souvent sur scène, faire des scéances de photos, accorder des interviews, adopter un chant compréhensible et proclamer à qui voulait l'entendre qu'ils aimaient le Punk, le Football, les romans à l'eau de rose (pour Liz) et la bière!). Ils ont par la suite expliqué la raison de leur départ. Robin : "Nous n'avons jamais souhaité rester anonyme, petit groupe indépendant parmi les indépendants. Je respecte profondément 4AD et le travail d'Ivo, un homme merveilleux mais le label souffrait de limites inhérentes à son état d'esprit. La distribution était terriblement mal organisée. Le mot commerce semblait banni ce que je considère comme une hypocrisie. Nous avons influencé notre label, sans doute plus qu'il ne nous a influencés. Très vite, 4AD a été associé à notre musique, à son climat. Vaughan Oliver n'avait plus qu'à décliner visuellement ce que notre musique évoquait. Le probléme c'est que vers la fin, on ne faisait plus la différence entre une pochette d'Ultra Vivid Scene, des Pixies et des Cocteau Twins."
Pour Liz : "Nous sommes responsbles de tout depuis toujours : de la musique à la pochette. Nous avons payé notre dette à 4AD, nous sommes restés ensemble plus de temps que de raison. Les cinq dernières années furent un véritable gâchis." Pour tout arranger, il semble qu'une histoire d'argent (celui des ventes aux USA) soit intervenue. Quoiqu'il en soit, ce départ marque un tournant dans l'histoire du label même s'il n'a pas de réelle conséquence sur 1991. This Mortal Coil publie son troisième et dernier album, Ivo ayant décidé de mettre fin à l'aventure. "L'idée d'une trilogie me plait assez pour qu'il n'y ait pas de quatrième album." C'est à peine si l'on remarque les arrivées de Spirea X, malgré des pochettes colorées, viré après la sortie de Fireblades Skies, et celle de Heidi Berry, sage comme son image (à noter que pour la première fois, une photo de l'artiste figure sur le devant de la pochette). V23 publie son second pack de quinze posters promotionnels à la fin d'une année qui voit le départ de Tanya Donnelly des Throwing Muses.
L'année 92 est plus chargée. The Breeders fait son grand retour, en sortant un single 4-titres : "Safari",tout comme Michael Brook (qui avait déjà sorti un disque en 1987 avec Peter Nooten, membre de Xymox). Trois nouveaux groupes font aussi leur apparition :
Cette même année, lors de la tournée américaine des Pixies en première partie de U2, Black Francis annonce que le groupe devrait prendre une année sabatique. Kim Deal décide de remettre les Breeders en selle. Tanya ayant fondé son groupe, c'est Kelley Deal, sa soeur jumelle qui la remplace à la guitare. Pendant que Britt Walford cède ses baguettes à Jim MacPherson (ex-Ranging Mantras). Une tournée des Breeders démarre notamment en première partie de Nirvana à Glastonbury. Pendant ce temps, entre Bossanova et Trompe Le Monde, Black Francis s'essaie au solo. Il entamme une mini-tournée de quelques clubs anglais, seul avec sa guitare, jouant des morceaux des Pixies. Il a l'air d'apprécier l'expérience...

Un accord historique
Deux nouveaux projets sont lancés. Les Temporary Releases, tout d'abord, qui proposent en CD exclusivement et sous forme d'édition limtée des approches différentes (remix ou concert) d'enregistrements déjà parus. Michael Brook, Swallow et Throwing Muses en sont les premiers bénéficiaires. Guernica, ensuite, un sous-label ayant pour but de tester, le temps d'un album seulement, de nouveaux artistes en vue d'un passage sur 4AD. Unrest, Underground Lovers et Bettie Serveert profitent de cette opportunité.
Mais, outre l'arrivée du designer Paul McMenamin au sein de V23 (issu de la même école que Vaughan), l'année est principalement marquée par la signature d'un contrat de distribution aux Etats-Unis avec Warner/Reprise. Ivo, jusqu'à présent, se défendait d'un tel accord. "Je m'isolais des USA pour des raisons de taille. Il m'était facile de trouver un distributeur pour Cocteau Twins ou Colourbox. Beaucoup de compagnies étaient intéressées mais jamais dans le bon sens. Nous ne trouvions personne pour publier les disques comme ils devaient l'être. L'artiste doit être libre de sortir ce qu'il veut, quand il le désire. Son identité doit être préservée au delà des frontières." Pour ces raisons d'éthique, jusqu'en 88 (exceptions faites de Modern English, Colourbox et le Blue Bell Knoll de Cocteau Twins sur Capitol) aucune sortie n'est disponible en dehors des imports. De 88 à 92 Pixies (Elektra), Ultra Vivid Scene (Columbia) et Lush (Warner/Reprise) bénéficient d'exceptions. Mais toutes ces différentes licences deviennent trop difficiles à gérer d'où cet accord historique pour 4AD. A cette occasion, une luxueuse plaquette, Lilliput, accompagnée de deux CD retraçant l'historique sonore du label, est éditée. Ivo, après douze ans d'existence, s'ouvre enfin les portes du marché américain. L'année 1992 se termine par une surprise : Black Francis annonce la fin de Pixies. Elle ne provoque pas la vague de suicides qu'occasionna la fin des Smiths mais fera néanmoins un grand coup de tonnerre. Joey Santiago (le guitariste), David Lovering, Kim Deal(alias Mrs John Murphy sur Surfer Rosa) et Black Francis auront créer le goupe rock idéal des années 90 dès 1988!
En janvier 93, date officielle de la séparation des Pixies, les Breeders enregistrent Last Splash avec Mark Freegard à la production (il avait travaillé avec les Pale Saints, Madder Rose ou encore Th'Faith Healers). 1993 commence aussi par la sortie de deux albums très attendus, les premiers album de Belly et du gnome bondissant. Si Star est un succè aussi massif qu'inattendu, Frank Black reçoit un accueil mitigé. Ce qui devait être un album de reprises punk (et qui comporte finalement 15 titres originaux) sort en avril 93 précédé d'une opération commerciale fumante : Le single Los Angeles/Ten Percenter n'est en vente que deux jours en France et retiré des bacs. Le single talonne donc les premiers du Top 50 sans que l'album ne connaisse le même succè. Kim Deal explique que "les fans des Pixies aiment les guitares et ils ont dû trouver qu'il y avait trop de clavier sur l'album de Frank Black". L'attention se reporte donc sur les Breeders. Josephine Wiggs pressentait déjà le boum qu'allait provoquer leur nouvel album : "En ce moment, 4AD semble à la recherche d'une locomotive pour l'Europe et a placé pas mal d'espoir en nous. Je crois que ce sont surtout eux qui voient en Last Splash un succès. Mais tout le monde est à la recherche d'un groupe, du groupe : labels, journalistes, etc... Le problème d'un succès trop important c'est que tu crées, contre ton gré, une sorte d'attente de la part des média, du public". Le single Canonball appuyé d'un clip signé Kim Gordon (bassiste de Sonic Youth) fait un carton tout comme l'album Last Splash qui confirme pod et paraît parfaitement approprié pour récupérer à son compte les auditeurs des Pixies.
Les Breeders se permettent alors une grande tournée et on les retrouve à New-York avec The Fall ou encore Sonic Youth, et gratifient la France de 6 dates sold-out! Pendant ce temps, Belly se retrouve en premiè partie de U2 avec le Velvet Underground (ou ce qu'il en reste...) à parcourir les stades américains et européens (Notamment à Vincennes où il était difficile de voir quelquechose de la petite Tanya tant la scène était loin!). Mais ces trois albums ne doivent pas occulter la diversité vers laquelle 4AD semble se tourner. Les autres sorties incluent des artistes aussi différents que Dead Can Dance, Unrest (qui a passé avec succès l'examen Guernica), His Name Is Alive (pour un superbe troisième album), Heidi Berry et Red House Painters décidément prolifiques.
Le dixième anniversaire n'ayant pas été dignement fêté, le treizième est une réussite. Pendant une semaine, presque tous les artistes sont réunis pour une série de concerts à l'Institut d'Arts Contemporains de Londres (ICA) au mois de juillet. Fin 93, d&ecute;but 94 sort l'album solo de Kristin Hersh : Hips and Maker : "J'ai joué de la guitare électrique pendant tant d'années que je croyais la musique acoustique neuneu. Puis j'ai fait une tournée où j'ai joué les chansons des Throwing Muses en acoustique. J'ai découvert sa beauté brute, une énergie qu'on ne peut pas vraiment obtenir avec des pédales d'effets ou des amplis" explique-t-elle. Cet album, plutôt bien accueilli par la presse en général lui fournira l'occasion de se dénuder pour une couverture du NME tonitruante en janvier 94. On netera la présence de Michael Stipe pour un duo fantastique : Your Ghost.
Les expériences continuent et l'ex-Pale Saints Ian Masters accompagné de Chris Trout ex AC Temple sort un album chez Guernica sous le nom de Spoonfed Hybrid.
The Glee Club est aussi une nouvelle signature 4AD, le duo sort leur album intitulé Mine d'abord aux USA.
En avril on voit venir la petite Lisa Germano d'origine italienne dans les rangs de 4AD. L'album sorti par Capitol aux USA intêresse beaucoup Ivo qui lui écrit pour le sortir en Europe : "Sa lettre était très amusante, très douce. elle était accompagnée d'une dizaine de disques. This Mortal Coil, Dead Can Dance, The Breeders, His Name Is Alive..." Elle possède un passé de serveuse dans l'Indiana avant une période de violloniste chez l'affreux John Mellencamp ou Simple Minds et un premier album autoproduit On The Way Down From The Moon Palace que personne n'a jamais écouté. C'est maigre mais quand on entend le nouvel album Happiness, on accepte sans difficulté cette Lisa Germano (fan de psychothérapie) parmi les grands artistes qui font l'histoire de 4AD. Au printemps 94, après 12 années d'existance Unrest, le groupe d'Arlington, n'est plus. En mai les Breeders choisissent les Thugs pour la premiére partie de leur tournée française sans s'être douté qu'ils étaient français! Au même moment, véxé d'avoir été pris de vitesse par les Breeders, Frank Black sort le 23 mai 1994 un album résolument punk-rock : "Teenager Of The Year" . Il espére que les 22 titres de TOTY lui offriront un retour fracassant en roi et référence de l'indie-rock. Il commence une tournée elle aussi impressionnante : On le voit en première partie des Ramones (ses idoles!) avant d'enregistrer une Peel session avec les Teenage Fan Club et de venir à Paris squatter l'Arapaho en short très "Beach Boys" les 3,4,5,7,8 et 9 juin. Ce sera pour lui l'occasion d'enregistrer une Black session le 10 dont le CD de la session sort plus tard sous le nom Frank Black Session dans un superbe boitier noir). Lush sort en été 94 son album Split. Moins évanescent que le premier, Miki Berenyi (Miss cheveux rouges) explique cela par un changement de production : "Avant Split, la personnalité de nos producteurs, en particulier Robin (Guthrie), a toujours relégué nos morceaux au second plan. Voilà la grande différence entre Spooky et Split : Le premier est une débauche d'effet, le second est plus évident." La production fut assuré par Mike Hedges arborant comme référence Cure, Siouxsie ATB... et le remixage de l'album (car le premier mix n'était pas concluent) par Alan Moulder (Smashing Pumpkins, Ride, The Jesus and Mary Chain ou encore NIN). Cet album fourni à Lush l'occasion d'arborer un nouveau logo et d'entammer une tournée américaine. Les Cocteau Twins ne jouent plus d'extraits d'albums antécédants à Victorialand, Liz déclare avoir "un peu honte" de ces albums... Si avec ça ils sont toujours copains avec Ivo, il faudra que l'on m'explique!
En décembre 94 sortent coup sur coup une vidéo et un nouvel album live de Dead Can Dance. 11 inédits sur 15 titres, Towards The Within est en fait la bande son de la vidéo qui l'accompagne dans un magnifique coffret. Celle-ci nous transporte de l'Afrique du Nord (Desert Song/O Man) à l'Irlande moyenâgeuse (Song of the Sibyl). La plutôt bonne promotion de ce live permet d'accroître encore le nombre de fidèles. En 1995, la réputation de Vaughan Oliver n'est plus à faire : Même Madonna veut qu'il travaille pour elle! Belly sort un nouvel album aprè 10 mois de tournée. Tous les membres du groupes s'y sont mis cette fois-ci. Six semaines d'enregistrement aux Bahamas pour un album dans la droite lignée de Star. King(02/95) ne constitue pas malheureusement l'album événement qu'avait été Star.
De leur côté les Throwing Muses sortent University(01/95) un album dont les chansons &ecute;taient écrites avant même la sortie de Hips and Maker. Là encore pas de grande surprise c'est du Throwing Muses!
Bettie Serveert s'en est allée voir le label Beggars Banquet. Le départ de Mark Cox des Wolfgang Press coincide avec l'enregistrement de l'album Funky Little Demons(sorti en 01/95). On les verra en France pour un concert exceptionnel lors de la session anniversaire de Lenoir : Un grand moment!.(Avec Marion et Dodgy)
Un nouvel opus des Red House Painters(03/95) sort toujours parfait mais n'apporte pas encore la reconnaissace du public...
En avril, Frank Black annonce son départ de 4AD.
Pendant l'été 95, les Dead Can Dance ont failli splitter car Brendan Perry qui a enregistré son album solo depuis longtemps s'est fait doubler par Lisa Gerard dont l'album The Mirror Pool sort en août. En France on aura pu écouter Sanvean en accompagnement sonore de la publicité pour le parfum 24 Faubourg d'Hermès. Lisa raconte l'histoire de ce disque lors de sa sortie : "Depuis les débuts de Dead Can Dance, il y a toujours des titres que nous avons mis de côté. Au fil des années, je me suis donc constitué un petit stock de chansons sans utilisation précise. Il y a un an, j'ai demandé à Ivo combien il pourrait investir dans ces titres. Pour voir... Un peu par jeu... Sans véritable projet derrière la tête. A ma grande surprise, il s'est enthousiasmé à l'idée d'un album solo. Il a aussitôt débloqué un budget bien plus conséquent que ce dont j'avais besoin."
Le nouveau venu chez 4AD Sheer prépare un maxi pour septembre et l'album très attendu des ex-Unrest Air Miami sort le 2 Octobre. La diversité de 4AD ne s'arrête pas là car la très spirituelle Kendra Smith (ex-Dream Syndicate, ex-Opal groupe de David Roback et puis ex-fermière dans les forêts montagneuses du nord de la Californie.) sort alors un deuxième album solo intitulé : Five Ways Of Disappearing(05/95 le premier pour 4AD). Quelques tensions sont d'ailleurs apparues à la sortie de ce disque : "La pochette est le fruit d'une collaboration avec les graphistes de 4AD. Ce fut très difficile de collaborer, nous avons plutôt l'habitude de travailler dans notre coin. La pochettes est un très gros compromis qui me pose parfois problème. J'ai donné des images qui, pour moi, ont un caractère magique à quelqu'un qui ne le ressent pas de cette manière et qui en a fait de l'art."
L'été 95 est l'occasion pour 4AD de faire le point par le biais d'une compilation 13 titres : Facing The Wrong Way
Cette compilation montre bien le son 4AD qui envahit la musique indépendante à l'automne 95 sous le nom de Sweet American Music. En effet, plusieurs albums incontournables voient alors le jour : Gentle Creatures(09/95) de Tarnation dont la prestation scénique de Paula Fraser au festival des inrockuptibles est inoubliable et Ask Me Tomorrow(10/95) de Mojave 3 les surprenants anciens Slowdive. Cette country sombre qui rappelle le Satisfied Mine des Walkabouts trouve toute sa sérénité dans ces 2 albums. Paula Fraser explique sa pr&eacue;sence sur le label 4AD : "Lorsque l'on connait l'intérêt d'Ivo pour les voix féminines, Nick Drake et Tim Buckley, cela me parait normal."
Le renouveau de 4AD est en marche!
Fin 95, après la malheureuse histoire de drogue de Kelley Deal, Kim (sa soeur) repart sur les routes avec un nouveau groupe The Amps. Elle a recruté pour l'occasion Nate Farley (guitare ex-The Method) et Luis Lerma (basse ex-The Tasties) en gardant Jim Macpherson à la batterie. Avec un son Lo-Fi digne des cassettes de Beck enregistrées sur 4-piste, Pacer (10/95) n'est là que pour les fans. Pas de succ&eagrave;s Connonball à l'horizon, juste du Kim Deal sans prétention.
Des rumeurs de départ des Throwing Muses viennent asombrir cette fin 95 pour le label 4AD !
On reparle aussi de reformation de This Mortal Coil. En effet Ivo qui est revenu habiter en Angleterre depuis sa frayeur des tremblements de terre en Californie, relance le projet. Un premier morceau serait enregistré : Une reprise de Nancy Sinatra par un duo Brendan Perry/Heidi Berry. Seule Lisa Gerrard aurait confirmé son travail sur le sujet.
Début 96 voit l'apparition d'un projet original. Ian Masters s'acoquine cette fois-ci avec Warren Defever de His Name Is Alive pour former ESP Continent et sortir un album sur Karina Square, mini-label des français de Carmine.
Des rumeurs de reformation de Modern English (mouvance Massive Attack cette fois-ci) envahissent la presse.Money, money, money, is not funny in a richman's world!.
Au printemps 96, sort Lovelife la dernière fournée de Lush. Après un Split décevant commercialement, ce nouvel album est l'occasion de retrouver un Lush plus simple, plus direct : plus pop. Ils deviennent au même moment un groupe important du label car les ténors Frank Black, Cocteau Twins et Throwing Muses ne sont plus là. "La sortie de Lovelife est planifiée depuis novembre, de même que la sortie des singles, les dates des concerts,... Par contre, Quand nous avons fait Split il n'y avait rien de prévu, pas une tournée rien! On a tout fait une semaine avant de partir aux Etats-Unis, la folie! Deux singles sont sortis le même jour, et puis plus rien. Ensuite, ils se sont repris, ils ont vu les groupes partir sur des majors et avoir du succès. Ils ont été obligé de jouer le jeu" explique Emma.
Alors que Tanya Donnely arrête Belly elle réalise des démos pour son projet solo en compagnie de David Lovering au Studio Fort Apache de Boston.
Dead Can Dance, Heidi Berry, His Name Is Alive, Throwing Muses et Lisa Germano sortent leurs albums respectifs : Quelle animation chez 4AD! (On dirait que les Breeders ont bien rempli le portefeuille!). Non content de son catalogue bien fourni, Ivo a également signé un nouveau groupe Gus Gus sans dire qui sont ces Gugusses islandais.
Sheer (quintette irlandais) sort son album Infliction pour lequel V23 s'est laissé aller sur la pochette en montrant une sorte de cicatrice peu engageante. L'album, quant à lui n'est pas extraordinaire mais leur prestation scénique lors d'une black session laisse entrevoir un futur peut-être meilleur pour ce jeune groupe...
Rentrée 96, c'est Kelley Deal qui répond aux dénonciations de sa soeurs par la sortie de Go To The Sugar Altar avec son groupe The Kelley Deal 6000 mais l'album sort chez PIAS.
On reparle également d'une compilation de titres des Pixies du nom de Muerte A Los Pixies mais on ne voit toujours rien venir!

oula,... il s'en est passé des choses depuis 1996... Désolé je n'ai plus pris le temps de mettre à jour cette page pour info chez les Pixies en 97 est sorti un double CD live in amsterdam + best of en 1997 et un CD "Pixies at the BBC" en 1998. Bauhaus a aussi refait un concert à l'automne 98 à Paris.



Un grand merci à Philippe Jugé qui dans différents numéros de Magic Mushroom a raconté l'essentiel de cette story que je vous propose, s'il vient par hasard consulter cette page il peut me demander de l'enlever s'il le désire je ne l'ai mise on-line car je pense qu'elle est une incontournable référence en la matière...